Frustration et désolation – quand l’opéra de Paris meurt à petit feu

Après mon huitième spectacle annulé dans ma maison de cœur, je ne peux que dessiner une croix, un peu fébrilement je l’avoue, sur ces lieux que j’aime pourtant tant arpenter…

La saison 2019-2020 s’annonçait pourtant belle et avait très bien démarré, avec de superbes productions, mais depuis le 5 décembre, rien ne va plus dans l’institution parisienne, et la situation est plus qu’alarmante. La situation semblait s’être quelque peu apaisée, ou du moins relâchée la semaine dernière après les brumeuses annonces budgétaires et le constat alarmiste dressé par le directeur Stéphane Lissner, devant l’ensemble des artistes et du personnel. Ils semblaient avoir retrouvé le chemin du travail mais c’était une trêve de très courte durée.

Comprendre, subir et se taire

A peine eut-on le temps de souffler, de se réjouir de retourner dans ces salles musiques pour y entendre et voir des merveilles, que le glas sombre résonnait une nouvelle fois. Après m’avoir annulé mes dates (et bien d’autres) pour Raymonda, Le Parc, Le Pirate, Le Prince Igor, Le Barbier de Séville, Les Contes d’Hoffmann, c’est le rideau de Giselle qui ne s’est pas levé vendredi soir. Et ce soir La Soirée Balanchine aura lieu… dans mon esprit !

Apparemment, il faudrait comprendre, subir et se taire. Comme l’ont fait d’ailleurs, toutes les rédactions (et je m’inclus dedans). Mais je suis désormais obligé d’écrire pour signifier ma consternation face à cet immobilisme gangrenant, à la fois des partenaires sociaux, qui par leur fierté et leur volonté féroce de mettre à plat un système en battant des records refusent de céder d’un iota, mais aussi d’une direction et d’une administration peu encline à la communication qui n’arrive pas à rassembler pour mieux avancer. Cette opposition, engagée par les syndicats et suivie par le personnel, féroce et « de principe », contre une loi qui ne sera pas retirée quoiqu’il arrive, prend en otage un public qui, non seulement lassé, se dit prêt à se détacher de cette institution à laquelle il est pourtant fortement attaché.

Si le défi est hautement économique, réparer les fuites aux guichets ne suffira pas, même si les dégâts constatés sont déjà colossaux (14 millions d’euros de pertes de billetterie sur l’exercice 2019) et que le retour au travail doit être une priorité. Les questions de notoriété et de confiance dans cette institution tricentenaire se posent également ! Rien ne semble en effet présager de meilleurs jours pour ce vaisseau qui sombre doucement, mais assurément, vers un avenir plus que jamais incertain (si avenir il y a). La seule solution est maintenant le travail commun pour aboutir à des solutions sans doutes imparfaites, mais évidemment préférables à la chute de notre si belle maison !

Je tiens par ailleurs à m’excuser, pour ceux qui s’étonnait de m’avoir moins lu ces temps-ci… J’espère bien sûr pouvoir me remettre « au travail » au plus vite !