Guillaume Tell : ma première soirée lyrique aux Chorégies réussie…

Guillaume Tell - Chorégies d'Orange 2019 © Gromelle

Dans la mise en scène de Jean-Louis Grinda, réunissant un plateau d’artistes tous plus talentueux les uns que les autres, le dernier opéra de Rossini emplit le Théâtre Antique d’une atmosphère singulière…

S’il est un opéra que je suis heureux d’avoir découvert cette année, c’est bien ce Guillaume Tell. Je ne sais pas si je dois cet heureux évènement à tout le cadre qui m’entoure plus qu’à l’œuvre en soit mais je dois dire que le pari de faire assoir près de 9000 personnes pendant 4H sur des gradins en pierres était plus qu’osé, mais les Chorégies l’ont relevé haut la main !

Un casting en or et une direction plus que convaincante.

Jodie Devos, Nicola Alaimo, Annick Massis, Nicolas Cavallier, Nicolas Courjal, Philippe Do, Julien Véronèse et Philippe Kahn sont une liste d’artistes plus que talentueux que l’on a eu la joie d’écouter vendredi dernier. Les qualités vocales, de dictions, d’interprétations et d’engagements scéniques étaient plus qu’impressionnantes pour ces artistes qui se sont produit sur la scène du Théâtre Antique pendant 4h. Simplement et efficacement dirigés par Jean-Louis Grinda qui signe ici sa troisième mise en scène de cette œuvre qui lui est chère, les chanteurs solistes déploient au fur et à mesure de la soirée toute l’ampleur de leurs talents sans jamais forcer, ni surjouer. C’est un tour de force plus que réussi !

Guillaume Tell – Chorégies d’Orange 2019 © Gromelle

Le Philharmonique de Monte-Carlo donne tout pour l’ouverture mythique, sous la baguette de Gianluca Capuoano, mais semble se déliter au fur et à mesure que l’œuvre s’écoule, couvrant les voix à certains moments, mais se ressaisit dans le final prodigieux qui justifie à lui seul, ma venue vendredi soir…

Guillaume Tell – Rossini – Scène finale

Parlons des chœurs de Monte-Carlo complétés par ceux du Capitole de Toulouse. Leur engagement dans l’espace font d’eux un personnage à part entière. Toujours justes, à leur places et bien dirigés par Stefano Visconti malgré quelques petits décalages, ils finissent en beauté la soirée en nous donnant d’entendre l’un de plus beau final qu’il m’ait été donné d’entendre…

Final de Guillaume Tell (On aperçoit le préposé à la partition) © Gaspard de Lencquesaing

Ce final crescendo, n’est pas seulement la fin de cet opéra, mais l’adieu à l’art lyrique d’un des plus grands compositeur de son temps. Rossini qui, au sommet de son art, décide de se retirer en 1830 des scènes lyriques pour se consacrer à la composition de mélodies, musique sacrée, et instrumental pour son seul plaisir et celui de son entourage, propose ici une partition empreinte d’espérance et de liberté, tout en conservant une certaine mélancolie d’une époque révolue.

Une proposition visuelle plutôt monotone, parfois même ennuyante
Depuis les coulisses, mille bravos aux Artistes © Gaspard de Lencquesaing

Si la direction des acteurs et l’occupation était vraiment réussie par Jean-Louis Grinda, metteur en scène hier soir, complété par la chorégraphe Eugénie Andrin qui inclue subtilement au spectacle les scènes de ballets, la partie visuelle proposée en vidéo par Arnaud Pottier et Etienne Guiol ne convainc pas. Projeté sur le mur impressionnant du Théâtre Antique, et unique en son genre, des vidéos des montagnes suisses défilent dans une monotonie dont seuls les artistes parviennent à nous extirper. Heureusement, lorsque l’on s’ennuie, il nous suffit de regarder avec une certaine pitié, le préposé à la partition qui, à cause du vent se retrouve à genou sous le pupitre du chef d’Orchestre pour tenir et tourner les pages et éviter qu’elles ne s’envolent… Cette petite pensée nous permet tout de suite de nous reconcentrer sur l’œuvre en prenant conscience de notre place privilégiée, assis sur les coussins du Théâtre Antique !

Prochaines étapes : Concert des Révélations Classiques le mardi 16 juillet, puis Roméo et Juliette le lendemain.