Hamlet à l’Opéra Comique – Un casting de haut vol !

Hamlet

Casting c’est le mot ! Dans cette mise en scène de Cyril Teste, Hamlet d’Ambroise Thomas prend des airs de films où une ribambelle de stars occupent l’écran… euh la scène.

Hamlet, opéra en cinq actes inspiré de la pièce de Shakespeare, est une des plus belles partitions du répertoire français ! Méconnue et pourtant virtuose, cette dernière s’appuie sur un livret de Michel Carré et Jules Barbier qui explore plus la part intime du personnage d’Hamlet que la dimension politique de l’œuvre. Cette lecture de la grande tragédie de Shakespeare donne la part belle aux femmes. Ophélie, épouse malheureuse d’Hamlet est d’abord une femme forte et aimante. Incomprise et peu respectée, elle finira par sombrer dans la folie, avec une des plus belles scènes de démence jamais écrite. (Exception faite à Lucia Di Lammermoor de Donizetti)

Hamlet, rongé par la dépression et l’incompréhension face au comportement de sa mère, Gertrude, qui peu de temps après la mort de son mari, le roi, épouse Claudius qui accède ainsi au trône, est un personnage touchant, qui se cherche tout au long de l’œuvre sans jamais trouver sa place.

Une mise en scène hollywoodienne convaincante

Côté mise en scène, Cyril Teste accorde une place prépondérante à la vidéo, mettant en exergue les différents enjeux médiatiques et politiques auxquels les personnages sont confrontés. Ce dernier également fait recours à la vidéo en directe (un caméraman se déplace sur scène et retransmet en direct au-dessus de la scène). Un réel travail esthétique est fait ici et produit un spectacle soigné, intéressant et novateur. On pourrait reprocher une approche trop propre, et finalement peu réaliste de l’œuvre initiale. Toutefois, de belles images nous restent en tête en sortant de l’écrin qu’est la salle Favart. La scène de la folie d’Ophélie qui sombre sous les eaux ou encore les scènes de mises en abîmes (théâtre dans le théâtre) remarquablement bien filmée, mettent en relief les sentiments des personnages.

Place aux chanteurs maintenant qui étaient, les ROIS de la soirée !

Stéphane Degout d’abord. En Hamlet, force est de constater qu’il n’y a rien à dire sur son interprétation. Phrasé impeccable (comme tous les autres sur scène ce soir-là d’ailleurs), longueur de souffle, placement de voix, techniquement comme émotionnellement, Stéphane Degout détonne en Hamlet profondément déprimé, et violent. Sabine Devieilhe qui chante pour la première fois Ophélie enchante et subjugue la salle toute entière. Un peu réservée au premier acte, elle déploie ses talents d’actrice aux actes suivant. Tout en usant de sa technique vocale presque insolente de perfection, elle arrache des suraigus parfaitement placés. Elle est au sommet de la finesse et de la virtuosité musicale dans ce rôle qui lui va parfaitement.

Force est de rappeler (même si je n’étais pas encore né) que la dernière à avoir réellement conquis Paris dans ce rôle était Natalie Dessay ici même à l’Opéra-Comique ! Toutefois, le timbre frais et chaud de la soprane normande est encore plus attachant que celui de Dessay qui pouvait avoir des sonorités plus froides.

Dans les rôles secondaires, le plateau ne défaille pas

Sylvie Brunet-Grupposo en Gertrude convainc malgré une voix quelque peu enraillée à certains moments. Laurent Alvaro en Claudius est parfaitement crédible en nouveau roi qui ne respecte pas son prédécesseur. Jérôme Varnier en Spectre s’impose au milieu du public et effraie presque par son charisme détonnant.

Nuancé, généreux et ample à la fois, Langrée impose toute la tension dramatique de l’œuvre sans jamais tomber dans la lourdeur

Louis Langrée dirige un orchestre des Champs-Elysées particulièrement inspiré par l’œuvre. Nuancé, généreux et ample à la fois, Langrée impose toute la tension dramatique de l’œuvre sans jamais tomber dans le « pompier ». L’orchestre des Champs-Elysées ressuscite ce répertoire quelque peu désuet; et par la mise en scène juste et intéressante de Nicolas Teste le remet au goût du jour.

Bravo aux artistes, c’était encore une superbe soirée dans ce cadre magnifique…

DISTRIBUTION

Stéphane Degout baryton (Hamlet)
Sabine Devieilhe soprano (Ophélie)
Laurent Alvaro baryton-basse (Claudius)
Sylvie Brunet-Grupposo mezzo-soprano (Gertrude)
Julien Behr ténor (Laërte)
Jérôme Varnier basse (Le spectre)
Kévin Amiel ténor (Marcellus – Deuxième Fossoyeur)
Yoann Dubruque baryton (Horatio – Premier Fossoyeur)
Nicolas Legoux baryton-basse (Polonius)

Les Eléments – chœurs
Orchestre des Champs-Elysées
Louis Langrée direction

Cyril Teste mise en scène