Beauté Totale avec La Dame aux camélias à Garnier

La Dame aux camélias Léonore Baulac dans La Dame aux camélias - © Svetlana Loboff / OnP

Le romantisme à la française reprenant fidèlement le chef d’œuvre d’Alexandre Dumas Fils revient à l’Opéra National de Paris, et c’est vraiment génial !

J’ai découvert ce ballet il y a quatre ans. J’avais eu la chance d’assister à une des dernières représentations de la grande danseuse étoile Agnès Letestu. C’est pour moi l’œuvre la plus réussie de tout le répertoire néo-classique du ballet de l’Opéra National de Paris… En effet, La Dame aux camélias chorégraphiée par John Neumeïer convoque ce qu’il y’a de mieux à tous les niveaux. De la danse bien sûr, à la musique sublime de Frédéric Chopin, en passant par les costumes de velours et accessoires toujours bien pensés, le tout enveloppé d’un décor simple, sobre et minimaliste, ce ballet compile la quintessence de la beauté à la française.

Cette œuvre de beauté totale conviendra à beaucoup de monde, et c’est d’ailleurs ce qui en fait son succès. (Presque impossible de trouver des places…) Les amateurs de pianos seront plus que satisfait puisque l’œuvre est exclusivement dansée sur les valses, concertos, préludes, et nocturnes de Chopin. Autant vous dire que l’oreille est bercée par ces nombreux « hits » se succédant de la première à la dernière seconde du ballet. Côté danse, c’est un spectacle long dans lequel nombreux sont les pas-de-deux, et où Marguerite ne quitte pratiquement pas la scène… Bref c’est surement un des plus éprouvant pour les danseurs et donc un des plus beaux pour les spectateurs. Portés hélicoptères, grandes valses avec un corps de ballet parfait… L’ensemble est sublimé par les création haute-coutures dessinées par Jürgen Rose pour l’Opéra de Paris. Ce ballet n’est qu’une succession de scènes où la beauté devient l’évidence.

Léonore Baulac et Mathieu Ganio – un duo qui fonctionne et émeut

Derrière sa longue chevelure blonde, Léonore Baulac cache un visage espiègle et fragile. Elle habite Marguerite parfaitement, sachant jouer sur le double caractère de son personnage : dure et froide en public, fébrile et douce en intime. Les pas-de-deux avec son partenaire Mathieu Ganio sont d’une beauté sans pareille. Si en première partie de spectacle, les deux tourtereaux du soir semblent hésiter, la musique les emporte finalement pour créer une alchimie parfaite au dernier acte. Léonore Baulac parvient à nous faire pleurer lors de sa mort, sur un plateau noir, dans un silence complet. J’en ai des frissons rien qu’en y repensant… Mathieu Ganio, fidèle à lui-même, est une démonstration de force et d’élégance. L’ayant vu à de nombreuses reprises dans différents spectacles, il m’a semblé quelque fois moins assuré qu’à son habitude. Toujours est-il qu’il incarne Armand Duval avec une justesse d’interprétation qui émeut.

Des rôles secondaires portés par un casting de haut vol

Dans les rôles secondaires, le couple Sae Eun Park – Marc Moreau en Manon – Des Grieux touche moins. Toujours parfaits techniquement, les scènes de doubles sont moins prenante que ce que j’avais pu voir trois ans auparavant. Belle surprise quand j’ai vu dans la distribution le nom de Paul Marque, jeune premier danseur de la compagnie. Il interprétait hier soir le rôle de Gaston Rieux. Il impressionne par son aisance sur scène, à seulement 21 ans… Muriel Zusperreguy est une Prudence convaincante. Espiègle et quelque peu naïve, elle est très attachante.

Il faut bien sûr saluer la performance des deux pianistes du soir : Emmanuel Strosser et Frédéric Vaysse Knitter. Ils nous emportent dans les cascades de notes de Chopin avec un naturel et une sobriété époustouflante, malgré les évidentes difficultés de la partition. James Tuggle dirige un orchestre de l’Opéra de Paris un peu éteint mais juste, rendant à la partition ce qui lui appartient : son âme.

John Neumeïer et le ballet de l’Opéra National m’ont encore une fois enchanté dans cette production de La Dame aux camélias. En sortant de l’opéra, on a du mal à revenir au quotidien tristement jaune, tant ce spectacle invite à la contemplation…

La Dame aux camélias – John Neumeïer

Direction : James Tuggle
Pianos : Emmanuel Strosser et Frédéric Vaysse Knitter
Décors et costumes : Jürgen Rose
Lumières : Rolf Walter
Orchestre de l’Opéra National de Paris
Corps du ballet de l’Opéra National de Paris


Avec :
Léonore Baulac, Mathieu Ganio, Yann Saïz, Sae Eun Park, Marc Moreau, Muriel Zusperreguy, Paul Marque, Heloïse Bourdon, Laurent Novis et Simon Valastro