Une belle entrée dans le mystère de Noël au TCE

L'Enfance du Christ - Berlioz - Théâtre des Champs-Elysées

L’Enfance du Christ d’Hector Berlioz porté par un plateau inspiré et inspirant ! 

Du chœur de Radio France à l’orchestre national de France en passant par de superbes voix, la soirée est un enchantement qu’on ne voudrait plus quitter : doux présages pour la nuit de Noël ? 

Présentation de l’œuvre d’abord. C’est Hector Berlioz, qui compose la partition et qui rédige lui-même le livret de sa « trilogie sacrée » : L’Enfance du Christ. Cette trilogie, que je ne connaissais pas du tout, reprend certains passages de la Bible, depuis l’annonce à Hérode en songe de l’arrivée du Christ, jusqu’à la fuite de Joseph, Marie et Jésus à Saïs. Construite en plusieurs tableaux successifs, elle met ainsi en exergue les scènes à la fois dramatiques, touchantes et lumineuses de ce récit de Noël. Œuvre forte, éclairante et inspirée, elle était remarquablement proposée hier soir par l’Orchestre National de France sous la baguette du chef Emmanuel Krivine.

Sachant insuffler à ses pupitres le drame nécessaire sans jamais forcer le ton, Emmanuel Krivine apporte nuances et finesses à cette œuvre d’une beauté mystique. On saluera particulièrement les vents de l’orchestre, très souvent convoqués, dialoguant avec le ciel pour appeler les anges… Le duo des flûtes traversières accompagné par la harpe semble venir d’un autre monde, pour le régal de la salle toute entière.

Dans cet oratorio mystique, la partition respecte les solistes : ils ont toute la place pour déployer leurs talents

Ouvrant l’œuvre, Bernard Richter a une voix attaquante qui convainc dans ses rôles de récitant ou de centurion romain. Manque peut-être au ténor le placement nécessaire pour se faire entendre partout dans la salle, mais sa diction l’emporte. Le public est conquis ! C’est Nicolas Testé, marié à la soprano Diana Damrau qui est la surprise de la soirée. Par la longueur et profondeur de ses graves, le baryton délivre un Hérode tout en nuances; partagé entre la puissance que son rôle de roi lui incombe, et les questionnements de pouvoirs qui le rongent. Il impressionne par sa puissance vocale portant au loin et toujours habitée. Il parvient à animer les parties les plus statiques de sa partition.

Avec sa voix profonde et posée, Stéphanie d’Oustrac en Marie touche au cœur le public du Théâtre des Champs-Elysées. Elle met au service de son personnage sa technique parfaite, rayonnant sur le public. Edwin Crossley-Mercer convainc moins en Joseph. Malgré certaines scènes touchantes comme sa rencontre avec Hérode, il semble gêner, n’arrivant pas a déployer toute sa puissance vocale…

Un chœur de Radio France tombé du ciel

Le chœur de Radio France, prouve une nouvelle fois qu’il sait accompagner toujours justement et finement les solistes. Dans cette œuvre, la formation maîtrise parfaitement ses passages éclatant ou mystiques. L’infinie douceur avec laquelle le chœur nous emmène vers le ciel conclue l’œuvre en apothéose discrète, subtile et humble. Comme le mystère de Noël en somme.

Œuvre de Noël, je suis sorti conquis par ce spectacle. Les ensembles orchestre/chœur m’ont particulièrement touché : surement influencé par la présence de mon ancienne nounou sur scène… On retiendra donc l’interprétation juste et grave de Nicolas Testé, et la Marie fragile de Stéphanie d’Oustrac. Les chœurs de Radio France et l’orchestre National de France emportent l’œuvre au firmament !

Joyeux Noël !