Les Huguenots à Bastille : pas ma tasse de thé

Les Huguenots © Agathe Poupeney / OnP Les Huguenots © Agathe Poupeney / OnP

Absent des scènes de l’Opéra National depuis 1936, Les Huguenots de Meyerbeer reviennent en trombes à l’Opéra Bastille… Malheureusement, mais ça n’est là que mon avis, la partition n’a pas grand intérêt (après je ne suis pas connaisseur).

Lorsque l’on veut faire revenir un opéra totalement oublié sur une scène, quoi de plus normal que de convier un casting superbe ! Et c’était la promesse du papier il y a un an lorsque Stéphane Lissner dévoilait la distribution cinq étoiles que l’on attendait. Malheureusement pour nos oreilles, la défection de Bryan Hymel à trois jours des répétitions et l’annulation de Diana Damrau durant l’été à quelque peu refroidi mon entrain…

La distribution donc.

Remplacer par Yosep Kang, ténor coréen, on regrette d’autant plus Bryan Hymel. Non pour être méchant envers le coréen, mais il lui manquait le souffle, l’amplitude et la technique nécessaire pour emplir à la fois la salle de Bastille et chanter sa partition… C’est dès l’acte I qu’il commencera à montrer des faiblesses techniques. Et malheureusement, c’est un opéra très long.

Ermonela Jaho, soprano sublime et toujours engagée à cent pour cent dans ses rôles n’apparait pourtour pas faite pour la partition de son personnage : Valentine. Nécessitant à certains moments des graves sonores, la soprano albanaise semble déstabilisée. Mauvais présage pour ses aigus que l’on sait parfois mal placés. Nicolas Testé est convainquant en Marcel, posant sa voix grave et profonde… Bravo à lui d’avoir su déclamer un « C’est moi Marcel, c’est moi Marcel » trois fois de suite sans être pris d’un fou rire. Le livret comme la partition ne m’ont pas vous l’aurez compris transcendé. (Je parle ici en néophyte ne connaissant que très peu la musique de Meyerbeer.) Florian Sempey en Nevers est tout simplement parfait. Respectant la partition qui n’est pourtant pas évident, il en restitue toute les nuances. Il est aussi bon acteur ce qui ne fait pas de mal dans cette mise en scène peu inspirée…

Deux belles surprises : l’acte II et Lisette Oropesa – deux OVNIS dans cet opéra bancal

L’acte II, ou l’acte des femmes, est pour moi l’unique mais bonne raison d’être venu hier soir. En effet, courant de surprises en surprises, écoutant une partition soudain plus fine, un livret un peu plus élévateur, on sent que Meyerbeer a été plus inspiré ici.

Dans le rôle de la Reine Marguerite de Valois, Lisette Oropesa qui remplace Diana Damrau crée la surprise et déclenche une tremblée d’applaudissements. Dans son air « O beau pays, de la Touraine… », elle déploie avec une aisance presque insolente tout son talent. Espiègle, pleine d’énergie, avec une voix qui caresse les anges, Lisette Oropesa que je ne connaissais pas avant hier soir devient la favorite ! Je vous laisse écouter ci-dessous sa voix brillante…

O beau pays de la Touraine avec Lisette Oropesa – Les Huguenots, Meyerbeer – OnP

Accompagné à cet acte par la superbe Karine Deshayes qui y campe un Urbain superbe et convainquant, on croit vraiment être dans un autre opéra. Karine Deshayes y est pour beaucoup, avec son entrain, sa technique et ses aigus impressionnent. Vraiment superbe.

Côté direction musicale, Michele Mariotti ne convainc pas

Est-ce réellement de sa faute, je ne le saurai pas à la minute, mais je sais en tout cas qu’il n’a pas réussi à me faire aimer la partition de Meyerbeer. Trop plan-plan, parfois même évidente, il peine à surprendre, animer, amuser…. J’aurai peut-être apprécier plus de mordant. Pas grave. Je n’en dirait pas tant des chœurs de l’Opéra de Paris qui une fois encore montre un réel investissement dans la production et c’est vraiment super sympa !

Andreas Kriegenburg et Harald B. Thor signent une production sans cohérences…

Si esthétiquement, c’est plutôt réussi, on y comprend malheureusement pas grand chose… D’abord dans une sorte de building en construction, on passe dans des marécages tout blancs, puis dans un hall d’immeuble moderne, où est dressé un banquet pour la fête des voisins. Pour finir retour au building qui défilera de droite à gauche et de gauche à droite pendant près de 30 minutes…

C’est cette dernière scène qui est très perturbante. Censée montrer l’effroyable page de notre histoire qu’est Le massacre de la Saint Barthélémy, où protestants se font massacrés. On a ici du mal à comprendre qui tue qui, qui est protestant, qui est catholique, où l’on se situe. On est perdu. Et longtemps en plus. Le message du début de la représentation indiquant que la scène se déroulera en 2063 y est peut-être pour quelque chose. Les costumes, robes à collerettes (style Marie-Stuart), les soldats en tenue de samouraïs et les femmes en combinaisons noirs n’indiquent en rien une époque, ou plutôt troublent et mélangent toutes les époques… Raté donc.

Heureusement pour les artistes, le public semble néanmoins content de sa soirée. Tant mieux car cela n’était pas gagné. Bravo tout de même.

Orchestre et chœur de l’Opéra National de Paris
Direction :
Michele Mariotti
Chef des chœurs : José Luis Baso
Mise en scène : Andreas Kriegenburg
Décors : Harald B. Thor
Costumes : Tanja Hofmann

Marguerite de Valois : Lisette Oropesa
Urbain : Karine Deshayes
Valentine : Ermonela Jaho
Raoul de Nangis : Yosep Kang
Marcel : Nicolas Testé
Nevers : Florian Sempey

Du 28 septembre au 24 octobre 2018 à l’Opéra Bastille