Les Musicales du Luberon fêtent leur trente et unième anniversaire avec le Requiem de Mozart

Laurence Equilbey © Ugo Ponte

Marraine des Musicales du Luberon, Laurence Equilbey a proposé une interprétation singulière de ce chef d’œuvre de Mozart, avec ses deux formations, l’Insula Orchestra et le Chœur Accentus.

(A cause d’un couac informatique, cet article qui devait être publié le 19 juillet 2019 n’a pas pu l’être. Le voici…)

Magique soirée dans le Théâtre des Carrières, aux Taillades dans le Luberon, c’est grâce à ce festival qui propose cette année pour ses trente ans, une programme autour des femmes de la musique. Au programme, femmes compositrices, interprètes féminines, femme chef d’orchestre… Et c’est par le Requiem de Mozart, dans cette version saluée par la critique, que se sont ouvertes les Musicales, comme en rêvait leur président, Patrick Canac.

Dirigé par la marraine du festival, Laurence Equilbey, le Requiem prend son envol. Choix intéressant. Mais c’est surtout dans le Requiem que l’on apprécie les instruments de l’Insula Orchestra. En effet, cet orchestre, fondé par Laurence Equilbey en 2012, a la particularité de n’utiliser que des instruments d’époques. Si l’œuvre est de fait plus « vivante », sa beauté n’en est pas amoindrie. Plus qu’éloquente dans le célèbre Lacrimosa, la direction de Laurence Equilbey est ferme et franche, avec une douceur « d’arrière goût » qui séduit.

Une lecture intéressante et nouvelle pour moi !
Laurence Equilbey à la Seine Musicale © Julien Benhamou

J’ai appris à la fin du concert, de Laurence Equilbey, avec qui je me suis longuement entretenu, qu’elle approche le Requiem d’une façon singulière; elle aborde l’œuvre en usant de la symbolique des intervalles. Pour ceux qui sont musiciens, ou qui ont appris leur solfège, les intervalles n’ont sans doute que peu de secrets. Pour les autres, l’intervalle entre deux notes est l’écart entre leurs hauteurs. Je m’explique : si l’on joue un accord do-mi, une tierce (écart entre trois notes de noms successifs : do-ré-mi), la symbolique de l’intervalle tierce se rapporte à la symbolique du chiffre 3 : qui signifie Dieu.
Si l’on suit ce raisonnement, en lisant attentivement la partition écrite par Mozart, cette analyse est intéressante à déchiffrer. Et c’est ainsi que Laurence Equilbey a proposé une lecture de ce Requiem. J’ai hâte de la rencontrer une nouvelle fois à la rentrée à la Seine Musicale où elle est en résidence avec ses deux ensembles !

De superbes solistes portés par un chœur plus qu’en forme
Hélène Carpentier © Florent Drillon – ADAMI

Je commencerai par la Soprano, Hélène Carpentier, qui lauréate du concours Voix Nouvelle 2018 et Révélation Classique 2018 de l’ADAMI. Parfaitement à l’aise et d’une très grande maturité, elle fait déploie son incommensurable talent avec une humilité à faire pleurer une mouche. Sa technique presque insolente complète une justesse d’interprétation digne des plus grandes. Elle élève et transcende la soirée. (Sans parler de son Agnus Dei de la Missa brevis en bis). Christian Immler est la basse de la soirée. Profond et souple, il nous propose un Tuba Mirum impressionnant de profondeur et se met ainsi le public dans sa poche !

Giuseppina Bridelli, alto, séduit un peu moins que la soprano mais sans doute est-ce du à sa partition peut-être moins éclatante. Sa voix est juste, et la technique irréprochable. Et c’est en fait de superbes qualités ! Loin de moi l’envie de la critiquer.
Jonathan Abernety, ténor, m’a moins conquis. Son teint un peut trop métallique n’a pas su m’emporter dans le mystique que l’œuvre impose…

Finalement c’était une réussite qui j’espère permettra au festival des Musicales du Luberon, de perdurer pendant au moins 30 ans !