Nouvelle séance d’hypnose avec Jan Lisiecki au TCE…

Jan Lisiecki © Christoph Köslin

Après m’avoir littéralement hypnotisé il y a deux ans dans l’Ondine du Gaspard de la Nuit de Ravel ici au Théâtre des Champs-Elysées, cette fois-ci, c’est avec Mendelssohn qu’il a conquis le public.

Agé de seulement 24 ans, ce jeune virtuose n’en est déjà plus un. Je m’explique. Hier soir, Jan Lisiecki proposait un programme romantique (comme à son habitude) avec du Bach, du Chopin, et du Mendelssohn. Si on attend souvent les jeunes artistes au tournant côté virtuosité, Jan Lisiecki est déjà dix mesures plus loin. Discret, d’une extrême sensibilité, il ne cherche même plus l’effet sensationnel ou le show des dix milles notes en dix secondes trente; effet que certains aiment à montrer au détriment de l’interprétation juste et singulière. Il se focalise sur la légèreté de son touché, sur les contrastes et les nuances qui font de lui un interprète singulier aux visions qui se démarquent des plus grands, sans pour autant perdre la beauté.

Mendelssohn Prince, Chopin roi, Beethoven Majeur, Bach Mineur.

S’il joue le Capriccio en si bémol majeur de Bach avec bien plus de rigueur que Timothée Chalamet dans le dernier film de Luca Guadagnino Call Me by Your Name, il séduit moins que le reste de la soirée, sans doute du au fait que l’œuvre était quelque peu sans rapport avec le reste du programme.

C’est dans Mendelssohn que le concert commence vraiment. Lisiecki embarque tout le public avec l’opus 67 des Romances sans paroles qu’il maitrise à la perfection, insufflant à cette œuvre une sorte de jeunesse maturée. Comparable aux versions des plus grands pianistes du XXème siècle, tout en s’en affranchissant, Lisiecki enchaine avec Beethoven, Chopin et encore Mendelssohn avec une assurance et une sensibilité époustouflante. Le public galvanisé par les très beaux rebondissements opératiques des mains du jeune pianiste, tombe sous le charme et embarque dans les envolées quasi lyriques de son interprétation singulière et émouvante.

Ses racines polonaises ressortent évidemment lorsqu’il s’attèle a son compatriote Chopin. Joué lentement, doucement, ces morceaux dont on pense connaitre tous les secrets se déploient dans la salle d’une tout autre façon. Pour notre plus grand plaisir ! Ma petite sœur présente ce soir là, a été presque étonnée par les tempi du canadien mais surtout touché par tant de douceur. Finalement, c’est un concert qui faisait du bien à l’âme dans cette période agitée, quelque peu effrayante et froide… Vive la musique et vive Lisiecki !

Jan Lisiecki, un artiste a suivre

Si je m’efforce à le dire depuis quelque temps maintenant, ce récital est encore une fois la preuve que l’on tient en Lisiecki un des maitres actuel du répertoire romantique. Vous serez infiniment touché par la délicatesse du touché, la lenteur des tempi, la virtuosité virevoltante de ce pianiste au talent unique ! Si vous l’avez raté cette fois-ci (compréhensible en ce contexte de grèves plombantes), vous pourrez le retrouver ici-même au Théâtre des Champs Elysées le Jeudi 7 Mai 2020 accompagnant le superbe Baryton Mathias Goerne dans des Lied de Beethoven. Avis aux amateurs…