L’âme russe au Théâtre des Champs-Elysées

Théâtre des Champs-Elysées

Boris Berezovsky au piano et Vassily Sinaisky à la tête du Philharmonique de Saint-Pétersbourg enflamment le Théâtre des Champs-Elysées !

Rendez-vous annuel du Théâtre des Champs-Elysées, l’Orchestre Philharmonique de Saint-Pétersbourg impressionne chaque fois par sa justesse d’interprétation et sa capacité à nous faire voyager dans son pays natal. Au programme hier soir, un Boris Berezovsky pressé d’en finir avec le majestueux Concerto pour piano n°1 de Tchaikovsky. Puis une « Pathétique » (Symphonie n°6 de Tchaikovsky) haute en couleur, toujours juste, quasi lunaire. Le tout conduit par la juste et subtile baguette du chef : Vassily Sinaisky. (Choisi par Yuri Temirkanov ne pouvant assurer lui-même la tournée européenne de la formation pour raisons de santé)

Une première partie virtuose mais qui peine à toucher

Boris Berezovsky prenant la pose face à l'objectif de Yuri Bogomaz
Théâtre des Champs-Elysées
Boris Berezovsky © Yuri Bogomaz

Le concerto d’abord. Berezovsky entre en scène comme à son habitude, décontractée, souriant et heureux de retrouver son clavier. Le « numéro 1 » est tout de même l’un des plus compliqué à jouer du répertoire. Mais comme il l’a déjà prouvé à maintes reprises, la difficulté pour lui ne réside pas ici. Non, ça n’est définitivement pas les cascades de notes, les forte violent suivis de pianissimo infiniment doux qui arrêtent la machine Berezovsky. Vous l’aurez compris, hier soir la virtuosité était bien au rendez-vous, que ce soit au clavier ou dans l’orchestre, chaque groupe résonnait d’un seul son; coloré et habité. Non c’est dans le choix de tempo de Berezovsky que je fus le plus gêné.

Un Berezovsky enflammé, qui laisse de côté l’émotion…

Il m’a semblé que le pianiste avait un train à prendre à neuf heure pétante ! Que pour rien au monde il ne devait prendre son temps dans l’exécution de cette partition… Pas de pauses, pas de silences. Berezovsky enchaine les blocs de la partition sans vraiment chercher à mettre de l’âme ou de l’expressivité dans celle-ci. Il aurait été appréciable il me semble, d’entendre le son du silence ou du moins des ralentissements lors du premier mouvement comme lors du dernier. Le lento du second était par ailleurs respecté quoiqu’un peu violent pour un second mouvement. Vassily Sinaisky, malgré la large place laissée au piano dans cette œuvre parvient à donner une réelle profondeur à l’orchestre. Ce dernier finit d’ailleurs par ne faire qu’un avec le piano, ne se laissant jamais trop entrainer dans la soif de vitesse du pianiste.

Il aurait été appréciable il me semble, d’entendre le son du silence ou du moins des ralentissements lors du premier mouvement comme lors du dernier

Toutefois, cela ne m’a pas empêché d’apprécier à 150% cette première partie de concert qui reste chaque fois, un moment exceptionnel. Bravo aussi à l’artiste qui a encore une fois, décidé après les rappels de bisser le final du concerto ; moment de jouissance musicale dans la salle. (Deux ans plus tôt, Temirkanov, ce même orchestre et Berezovsky bissait ce dernier mouvement pour une autre raison… Berezovsky avait manqué le départ de l’orchestre lors de la première tentative !)

Avec la seconde partie, la formation russe nous offre une démonstration d’excellence

Philharmonique de Saint-Pétersbourg
Vassily Sinaisky © CTK/Alamy Stock Photo

Vient alors la seconde partie du programme. Avec cet orchestre à la fois survolté et porté par le romantisme de sa ville et de son compositeur phare, la « Pathétique » nous fait voguer dans l’esprit tourmenté de son compositeur qui semble y dresser son testament. Avec ses airs qui rappellent des extraits du Samson et Dalila de Saint-Saëns, ses mélodies d’un requiem orthodoxes, Tchaikovsky livre ici une partition en clair-obscur. Sinaisky justement fait ici preuve d’une puissance dans les forte et d’une douceur dans les piani qui rend l’œuvre plus onirique qu’elle ne l’est initialement. Indiquant parfois sur la partition de son premier violon certaines subtilités, le chef fait corps avec ses pupitres qui l’accompagnent dans ce voyage.

Pourtant, l’orchestre pourrait presque jouer seul cette symphonie tant elle semble couler dans les veines des musiciens. La lumière semble vouloir résister aux voix sombres des basses qui, finalement, triomphent dans le quatrième mouvement. Ce qui laissera finalement le public suspendu à la baguette du chef durant quelques secondes après la dernière mesure. Si vous vouliez vous évader en Russie, le temps d’une soirée, dans les méandres de la Volga, ou dans le Palais d’Hiver de Saint-Pétersbourg, il fallait être dans la salle…

Reste à noter que le public parisien aura été exemplaire, pour une fois, en respectant la musique et les artistes. Ces derniers ont eu le temps de se poser, d’écouter le silence, avant les salves d’applaudissements qui provoqueront un bis : Tableaux d’une exposition de Modeste Moussorgski d’une perfection d’exécution, par un orchestre décidément en forme.

Théâtre des Champs-Elysées, 15 avenue Montaigne – 75008 Paris

Orchestre Philharmonique de Saint-Pétersbourg – Vassily Sinaisky – Boris Berezovsky

Production Théâtre des Champs-Elysées