Rencontre au sommet de la musique avec Frédéric Chaslin…

Chef d’orchestre, compositeur, musicien, Frédéric Chaslin ne s’arrête jamais. C’est une des très belles rencontres que j’ai eu la chance de vivre pendant ces Chorégies ! En voici un aperçu…

Maestro qui a la musique dans la peau, Frédéric dirige toujours sans partition. Impressionnant par sa mémoire et son oreille absolue, tout est dans sa tête, et il veut tout entendre. Alors non, il ne fait pas du Louis de Funès, en s’exclamant d’un « je ne veux que Berlioz (ici Mozart) et moi ! ». Non, car Frédéric Chaslin, c’est le respect total des musiciens et de leur travail. Et je peux vous dire que c’est impressionnant comme travail !

Chapeau vissé sur la tête, et : musique !

Il est 17h30 quand les répétitions piano/chant/scène commencent au Théâtre Antique d’Orange. Une certaine excitation, tout le monde prend place. Le chef de chant, ainsi que les équipes techniques (régisseur générale, responsable lumière…) et le maestro sont dans la fosse. Les chanteurs sont sur scène et le metteur en scène s’attèle à la lourde tâche de monter un spectacle en moins de 12 jours. 
Voilà le lieu où j’ai rencontré Frédéric Chaslin, maestro. Un chapeau de paille sur la tête, une baguette à la main, et un sourire en coin. 

Sa connaissance musicale impressionne d’emblée. Il travaille sans partition. C’est alors que je m’approche pour lui demander avec un petit peu d’appréhension si je peux prendre sa baguette. Au lieu de me dire non, il me la tend avec la partition, et commence à m’expliquer les rouages du métier. 

Un travail minutieux, qui évolue avec la maturité

« Don Giovanni, je le connais du bout des doigts. Et pourtant, chaque fois que je l’aborde, c’est un nouveau travail qui commence, une sorte de maturation de l’œuvre. Si j’arrive toujours préparé lors d’une production, je préfère ne jamais avoir d’idées préconçues de ce que je veux entendre dans la fosse le soir du spectacle. Tout est question d’adaptabilité ! »

Finalement, le maestro, le chef, c’est vous, et pourtant vous vous adaptez au metteur en scène ? 

« Il ne faut jamais se froisser. Toujours discuter. Je m’adapte facilement aux visions des metteurs en scène dès lors que la musique que Mozart nous offre reste intact. Après, les désaccords et les choix artistiques discutables, font l’objet de remarques pour essayer de faire avancer les choses. »

Y a-t-il des metteurs en scène avec qui vous savez que vous formez une belle équipe ?

« Le temps Ponelle/Barenboïm n’est plus, et aujourd’hui, il n’y a plus vraiment d’équipes déjà soudées. C’est important d’être soudé mais c’est un travail qui se fait désormais pendant les répétitions, les rencontres, etc… Aujourd’hui, un chef d’orchestre n’a pour seul moyen d’influer sur la dramaturgie que le jeu sur les tempi. On joue sur les piani pour trouver les nuances acoustiques intéressantes à travailler. On sait par exemple dans Don Giovanni que la partie du Commandeur se joue toujours forte. Cette intervention du surnaturel nous permet, nous musiciens, de créer une autre atmosphère, qui se retrouvera de surcroit sur scène avec les choix artistiques du metteur en scène. »

Frédéric Chaslin : le compositeur…

Vous n’avez pas qu’une casquette (ou plutôt chapeau)… vous êtes compositeur. Est-ce que Mozart ici, ou d’autres, sont sources d’inspiration constante pour un compositeur d’opéras comme vous ?

« Quand on dirige la musique, on lit la musique. Quand on compose on rentre plus en profondeur dans l’architecture de l’ouvrage. Je ne dirai pas seulement que le travail de chef aide à la composition, mais aussi que le travail de composition nous fait découvrir de nouvelles horizons dans une partition que l’on pense connaître parfaitement. Ainsi vont les influences. »

Cette pièce maitresse qu’est Don Giovanni vous inspire-t-elle particulièrement ?

« Don Giovanni est tout simplement une impressionnante partition. J’ai eu la chance d’obtenir le Fac Simile du manuscrit, c’est-à-dire l’ouvrage écrit par Mozart avant d’être envoyé aux copistes. Et c’est tout bonnement extraordinaire. Don Giovanni qui a été écrit en un peu plus de 15 jours est une prouesse incroyable. On voit la vitesse à laquelle ce génie écrivait. Avec toutes les annotations nécessaires aux copistes pour produire ce chef d’œuvre. En lisant ce manuscrit, on voit la spontanéité du jaillissement de cette œuvre, et une structure en rappels qui est spectaculaire. C’est un peu ce qu’on voit avec le Barbier de Séville de Rossini composé en 15 jours à peine. Le travail de composition, si c’est long c’est pas bon. Et ces exemples même nous inspirent pour ce travail d’écriture. »

Vous l’aurez donc compris, Frédéric Chaslin ne s’arrête jamais. Passionné et passionnant, ce fut une des rencontres mémorable de ce Festival. Ce soir, le 2 août, et Mardi 6 août, il dirige Don Giovanni au Théâtre Antique, ne le manquez pas, il vous impressionnera.

Toï, Toï, Toï Frédéric !