Reprise de la Traviata de Benoît Jacquot à Bastille

La Traviata (Saison 2018-2019) © Sébastien Mathé / OnP La Traviata (Saison 2018-2019) © Sébastien Mathé / OnP

Et oui, La Traviata revient une nouvelle fois à l’Opéra Bastille dans la mise en scène de Benoît Jacquot. Si elle est esthétique, elle manque toujours de vitalité; même reproche qu’en 2014 à sa création in loco… Les chœurs noirs et statiques dépriment toujours autant malgré de superbes voix… Heureusement, cet opéra change de mise en scène la saison prochaine ! Non, ce qui touchait hier soir, ça n’était pas la mise en scène, mais bien les chanteurs. (La mort de Violetta et les différents duos de l’œuvre, très bien dirigés par Benoît Jacquot touchent tout de même)

Ermonela Jaho en Violetta nous arrache (encore une fois ) quelques larmes…

Elle est Violetta dès l’ouverture du rideau. Sur scène, on ne voit pas une cantatrice jouer un rôle, on voit Violetta. Ermonela Jaho impressionne par sa technique qu’elle met totalement au service du rôle, habitant chaque mot, chaque phrase, pour faire passer l’émotion au dessus de la fosse. Tour de force à Bastille que de transmettre autant la chair de poule à un public si nombreux et lointain. Ermonela Jaho que j’avais eu le plaisir d’entendre dans Madame Butterly au TCE nous montre encore une fois qu’elle habite son rôle. S’agenouillant lors des saluts, elle verse même quelques larmes après la mort de son personnage. Emotions et virtuosité étaient de mises hier soir à la Bastille où elle a triomphé.

Un Ludovic Tézier particulièrement en forme hier soir

S’il était déjà Giorgio Germont il y a 4 ans, Ludovic Tézier impressionne toujours autant, si ce n’est plus, en père ingrat se repentant sur le tard. Dans son rôle, il est lui aussi parfait, sachant mettre toute la salle d’accord pour le couronner roi des barytons verdiens lors de son fameux « Di provenza il mar, il suol… » au deuxième acte. La salle le lui montre puisqu’il est obligé de reprendre son chant alors même que la salle applaudit encore sa perfection vocale, mais aussi théâtrale. Car lui aussi, incarne son rôle à la perfection, sachant insuffler à Germont Père la force, la violence mais aussi la bonne dose de compassion qui rend ce personnage si attendrissant.

Plus personne ne tousse, personne ne murmure quelque chose à son voisin : 2700 personnes étaient suspendues aux lèvres de Germont père. Moment rare et appréciable à Bastille comme dans les autres salles parisiennes… Son duo avec Violetta (Jaho) à l’acte deux émeut et brise les cœurs. Impressionnant par sa longueur de souffle, sa voix semble ne jamais s’éteindre lorsqu’il fustige Violetta, lorsqu’il remet en place son fils qu’il dit ne plus reconnaitre… Plus impressionnant encore est la performance quand on sait qu’avant hier, Tézier fermait le rideau du Simon Boccanegra dans cette même salle… A l’applaudimètre, Tézier sera au même niveau que Jaho et Castronovo : trio redoutablement gagnant !

dans cette même salle… A l’applaudimètre, Tézier sera au même niveau que Jaho et Castronovo : trio redoutablement gagnant !

dans cette même salle… A l’applaudimètre, Tézier sera au même niveau que Jaho et Castronovo : trio redoutablement gagnant !

Charles Castronovo, le ténor qu’il nous faut

Trop souvent « pizzayolesques », les ténors sont compliqués à assortir aux bons rôles. Bien mieux dans le rôle que son prédécesseur Francesco Demuro qui malgré une belle voix n’était pas fait pour être Alfredo, Charles Castronovo a la voix chaude et tendre qu’il faut pour incarner son personnage à la perfection. En effet, Castronovo rassure, blesse, est pris de remords; il touche tout au long de l’opéra.

Ma version de référence est celle de 1967 avec Montserrat Cabale, Carlo Bergonzi et Sherill Milnes dans le trio de choc avec à la baguette le grand Georges Prêtre. Et je dois dire que ce que j’ai entendu hier soir n’avait rien à leur envier… Un « Parigi o cara » touchant, voluptueux et poétique. Un « Sempre libera » à la fois enjoué et apeuré. Un « adieu du passé » bouleversant. Tout hier était en place pour nous arracher quelques larmes. Et bien, je vous le dis, comme c’est bon de pleurer pour ça.

Direction précise et touchante de Karel Marc Chichon après l’acte I

Sous la baguette de Karel Marc Chichon, les cordes de l’orchestre donnent la chair de poule lors de l’ouverture du III. Plus à l’aise dans les actes dramatiques (2 et 3), la direction mériterai un peu plus d’entrain lors du premier acte. Certes, la mise en scène n’aide pas beaucoup, mais tout de même… Dans les rôles secondaires, on retrouve Cornelia Oncioiu en Annina; touchante et toujours aussi convaincante. Virginie Verrez s’impose en Flora. On se demande qui d’autres pourrait incarner aussi bien ce second rôle qu’elle parvient à rendre premier au second acte ! Philippe Rouillon et Christophe Gay sont prometteurs respectivement en Douphol, Gaston/marquis d’Obigny.

La mort de Violetta qui conclue l’opéra déclenchera d’abord un silence d’émotion avant d’emplir la salle de « bravos », et d’applaudissements amplement mérités !

Merci à l’Opéra National de Paris de nous offrir ces moments de pure beauté !