Retour de L’Élixir d’amour à Bastille – un doux parfum d’été…

L'Elixir d'amour - Laurent Pelly et Chantal Thomas © Vincent Pontet / OnP L'Elixir d'amour - Laurent Pelly et Chantal Thomas © Vincent Pontet / OnP

L’Élixir d’amour dans la très amusante mise en scène de Laurent Pelly et Chantal Thomas revient à l’Opéra Bastille. Et c’est pas pour me déplaire en ce mois d’octobre un peu triste…

Spectacle que j’avais découvert sur cette même scène en 2015, cet opéra de Donizetti est une sympathique romance d’été qui met en joie les spectateurs. Sur des ballots de pailles, ou encore au milieu d’une trattoria de campagne italienne, farniente et douceur de vivre sont au rendez-vous ! On frissonne, on rit, on pleure, on est joyeux. On a envie de retomber amoureux, définitivement pas avec Adina qui se joue de nos sentiments, et nous fait tourner la tête mais on s’amuse quand même à voir ses enfantillages… Nemorino touche par sa candeur, son irrépressible envie de conquérir le cœur de pierre d’Adina. C’est véritablement une comédie romantique !

Un duo NemorinoAdina époustouflant

Nemorino d’abord. Campé par un Vittorio Grigolo en feu, il se dégage de la scène une incroyable énergie qui embarque tout le public dans cette histoire improbable. Usant d’une agilité vocale troublante et nuancées, Grigolo se donne également à cent pour cent dans son rôle. Il semble habiter son personnage. Niais, imbécile heureux, borné et amoureux, il incarne et fait passer chacune des émotions à un public conquis. Sans même tilter sur les difficultés vocales qu’ils surmontent avec brio, il propose une « Larme furtive » à la fois virtuose et touchante. Le public l’ovationnera de longues minutes.

Dans cette même mise en scène il y a 4 ans, c’était l’immense Roberto Alagna qui interprétait le rôle. Vittorio Grigolo n’a plus grand chose à apprendre du grand ténor français… à part peut-être de quitter son image de jeune premier pour entrer dans une sagesse que l’âge impose.

Lisette Oropesa impressionne encore…

Venant à peine de conclure ses représentations des Huguenots de Meyerbeer ici même à Bastille, où elle chantait il y a deux jours encore le rôle de la reine Margot, Lisette Oropesa enfile la robe d’Adina et se métamorphose. Agilité de la voix, complémentarité parfaite avec celle de Vittorio Grigolo, le public était plus que conquis par la soprano. Drôle et émouvante, elle change même son texte au premier acte lorsqu’elle lit un conte : elle parle de « la reine Margot », rôle qu’elle vient de quitter dans les Huguenots ! Le public de première est amusé… J’ai même eu la chance de discuter avec elle sur les réseaux sociaux après le spectacle. Vraiment une grande cantatrice !

Dans les rôles secondaires, Etienne Dupuis en Belcore et Gabriele Viviani en Dulcamara sont tous les deux plus que convainquant. En effet, Etienne Dupuis qui use de nuances, et d’élégances dans sa voix est un régal à écouter. Sachant jouer, il incarne un Belcore séduisant et charmeur sans tomber dans la lourdeur. Gabriele Viviani, jeune baryton impose son docteur Dulcamara diabolique, et arnaqueur sans forcer le ton. Il donne donc la justesse qu’il fallait au personnage pour être crédible. Par ailleurs sa voix puissante et bien tenu parvient à exécuter sans difficultés les notes de sa partie. Dans le rôle de Giannetta, on remarque la soprano Adriana Gonzales qui dévoile un timbre frais et joyeux : tout ce qu’il faut pour que l’on soit conquis.

Un chœur et un orchestre qui semble réellement s’amuser !

Le chœur des villageois très impliqué dans cette mise en scène et très bien préparé est toujours pertinent dans ses interventions. Mené par un Giacomo Sagripanti respectueux des chanteurs, tout en déployant la subtilité de la partition de Donizetti, l’orchestre est lui aussi en grande forme et c’est vraiment super sympa. Rappelons tout de même cette petite anecdote impressionnante : Donizetti à composer cet opéra en moins de deux semaines…

Merci pour ce beau moment, festif et joyeux ! Echappatoire d’un quotidien morose en ce mois d’octobre pluvieux et triste…

Vittorio Grigolo – Una furtiva lagrima – L’Élixir d’amour, Donizetti