Le Gênes de Simon Boccanegra à Bastille aux antipodes de celui peint ci-dessous…

William Stanley-Haseltine - Le port de Gênes © wahooart.com William Stanley-Haseltine - Le port de Gênes © wahooart.com

Ludovic Tézier et Maria Agresta accompagnés par le chœur et l’orchestre de l’Opéra National de Paris sous la baguette de Fabio Luisi rattrapent la mise en scène de Calixto Bieito…

Dans cette œuvre éminemment politique qu’est Simon Boccanegra, Verdi propose une partition méconnue, mais d’une complexité incroyable. L’intrigue qui se développe en un prologue et trois actes est relativement complexe. La mise en scène n’aidant pas, on sort de ce spectacle un peu dérouté. Je ne développerai pas l’intrigue ici, car cela serai trop long à expliquer.

Simon Boccanegra © Agathe Poupeney / OnP
Simon Boccanegra © Agathe Poupeney / OnP

Place à la mise en scène de Calixto Bieito : elle sera plutôt rapide à décrire

En effet, les vingt-cinq années que couvrent l’intrigue se dérouleront malheureusement dans un unique décor : une carcasse de vieux porte-conteneurs désossées et grisâtre qui tourne sur elle-même pendant tout le spectacle. Des vidéos « gros plan » des chanteurs sont projetées sur la carcasse, sans vraiment de recherche et laissent un âpre gout de déjà vu et même de revu… La lumière blanche des néons agresse l’œil et l’absence de direction d’acteurs donne l’impression que le metteur en scène a abandonné en court de route…

Chaque scènes, duos, mouvements de chœur, sont posés à l’avant-scène, face au public comme pour un opéra en version concert. Ce choix est quelque peu gênant quand on ressent que les chanteurs mêmes sont perdus sur cet immense plateau. Je les félicite car ils parviennent à transmettre des émotions malgré tout… Calixto Bieito fait dans le laid, sans même apporter une lecture qui pourrait justifier ses choix. Des costumes aux décors, rares sont les moments où regarder la scène est agréable pour la vue. Certaines perspectives de l’épave sont intéressantes, mais après avoir tournée cinquante fois sur elle-même, cette dernière lasse autant que tout le reste. 

Calixto Bieito, vous ne nous avez pas gâté ni rien apporté dans ce spectacle. Si en sortant j’ai cherché à vous défendre, avec du recul, votre travail n’était pas du tout à la hauteur de la partition. Regrettable…

Le spectacle hier soir trouvait tous son intérêt dans les chanteurs

Un Ludovic Tézier grandiose hier soir lors de la Première nous offre un personnage, ou plutôt une voix égale à elle-même : puissante, nuancée, touchante et profonde. Maître des Barytons, il parvient à émouvoir malgré ses différentes intervention en avant-scène où il ne semble pas vraiment savoir quoi faire. Il pose donc sa voix et met tout le monde d’accord. Vraiment, Ludovic Tézier est le meilleur baryton du monde !

Maria Agresta est une Amélia émouvante malgré des costumes de plus en plus laids au fil du spectacle. Si les aigus sont parfois métalliques, sa voix chaude parvient à briser la froide noirceur du plateau. Au final de l’œuvre, sa voix parfaitement placée est impressionnante de précision et de technique.

La surprise hier soir résidait dans le talentueux et pourtant jeune Mika Kares (basse). Interprétant le rôle de Fiesco, son timbre grave, noir et profond impose un charisme que sa silhouette amplifie. 

Déception du côté de Francesco Demuro. Je n’ai jamais été un grand fan de sa voix un peu trop légère dans les rôles qu’il interprète (ici en Adorno, souvent en Alfredo dans La Traviata, etc.).  Nicola Alamo en Paolo déçoit par une puissance vocale douteuse alors que le Pietro de Mikhail Timoshenko est prometteur !

Chœur et orchestre servent la partition avec humilité

Reste, et c’est presque les plus important dans cet opéra, l’orchestre et le chœur. Le chœur d’abord, remarquablement bien préparé et dirigé par José Luis Basso, est parfait. Sachant insuffler tout le drame nécessaire à l’œuvre, l’intimité ou l’émotion, c’était vraiment très beau à écouter ! Ils m’ont presque fait oublier pendant un moment mon mal de cœur…

Fabio Luisi dirige chœur et orchestre de l’Opéra National de Paris à la perfection.

La précision mêlée à la délicatesse des nuances avec lesquelles Fabio Luisi dirige l’orchestre de l’Opéra National de Paris est fabuleuse. Restituant à la perfection la partition, il y ajoute du mordant là où il faut, sans trop en faire, et est à l’écoute des chanteurs, chose finalement assez rare de nos jours… Bravo !

On retiendra donc la performance de Tézier, presque toujours sur scène, la délicatesse et l’engagement de Maria Agresta, le chœur et l’orchestre de l’Opéra National de Paris qui m’ont fait passer une très belle soirée. Et ce malgré une mise en scène banale, sans réel travail de fond, et de surcroit : laide. Vive la musique !

Direction : Fabio Luisi
Mise en scène : Calixto Bieito
Chef des chœurs : José Luis Baso

Simon Boccanegra : Ludovic Tézier
Jacopo Fiesco : Mika Kares
Maria Boccanegra (Amelia Grimaldi) : Maria Agresta en alternance avec Anita Hartig ( 1, 4 déc.)
Gabriele Adorno : Francesco Demuro
Paolo Albiani : Nicola Alaimo
Pietro : Mikhail Timoshenko

Du 12 novembre au 13 décembre 2018 à l’Opéra Bastille