Un dîner avec Stanislas de Barbeyrac…

© Gaspard de Lencquesaing

J’ai eu la chance de partager un moment privilégié avec le Don Ottavio de la production de Don Giovanni aux Chorégies d’Orange.

Ce Don Ottavio, c’est bien sûr le brillant ténor français Stanislas de Barbeyrac, qui reprend le rôle ici à Orange après l’avoir laissé à Paris en juin dernier. Et il a accepté de partager avec moi un diner très sympa, détendu et ouvert aux questions. Ce moment suspendu était pour moi l’occasion d’aborder avec lui sa vie d’artiste, sa vie privé, ses envies pour l’avenir, mais aussi sa vision du rôle et les défis que le travail de la voix imposent. Tellement sympa, que l’on se tutoie directement !

En entrée, c’est une salade verte, légère, pour ne pas alourdir la voix…

T’es né où et quand Stanislas ? et pourquoi le chant lyrique ?

« Je suis né à Annecy le 27 avril 1984. J’ai découvert le chant lyrique sur le tard. En effet, c’est à 20 ans que je suis rentré au conservatoire de Bordeaux. Si j’avais chanté pendant une petite dizaine d’année dans une maîtrise de garçon à Bordeaux, où j’habite, je ne connaissais pas du tout la technique du chant lyrique. Je suis tombé amoureux de ce style en entrant en classe d’art lyrique où j’ai perfectionné ma voix pendant deux ans. Puis j’ai quitté le conservatoire et continué les cours de chant en solo. Ce coup de foudre que j’ai eu, c’est à cause de cette exploration complètement nouvelle de la voix, où la maitrise du souffle est différente. Tout était nouveau et excitant. J’ai présenté de nombreux concours, en ai remporté quelques uns. Et peu à peu je me suis lancé sur scène.

Être sur scène, c’est nécessairement être absent de chez toi. Comment composes-tu avec cette « double vie » ?

C’est vrai que je suis absent entre 9 et 10 mois par an et c’est difficile pour conserver une vie de famille stable, mais mon épouse étant enseignante, elle peut plus facilement me rejoindre avec les enfants durant les vacances scolaires ! Et puis j’ai la chance d’être soutenu par une femme qui aime la musique et c’est une vraie chance, car dans ce travail, on est assez solitaire. »

Mais vient alors le plat !

Si je prends une pizza, lui opte plutôt pour un tataki de saumon et de thon. C’est alors que j’embraye sur son travail du quotidien. La voix, le jeu, le corps.

Le travail justement, c’est un corps qui s’entretient ? un travail sur ton jeu d’acteur ? une maturation constante de ta voix ?

« Les trois justement. Pour chanter, il ne faut pas nécessairement être musclé ou parfaitement taillé, mais il faut connaitre son corps, ses faiblesses physiques, sa tonicité et pour moi ce travail passe par le sport. Le travail de la voix est une sorte de long marathon. Les cordes vocales, c’est un muscle, ça s’efforce, ça se protège, ça se travaille, s’échauffe, etc… C’est mon job quoi ! Le plus dur, c’est le jeu juste. Je n’aime pas qu’on parle de « naturel » sur scène. Ce qui importe c’est d’être dans le juste. Je pense qu’aujourd’hui, on a la chance d’être dirigé par des metteur en scènes qui sortent un peu des carcans classiques, nous font parfois sortir de nos zones de confort et ce sont des défis toujours intéressants à relever. Avec Davide Livermore, j’entame ici aux Chorégies mon quatrième Don Ottavio d’affilée. Le travail est différent, dans l’occupation de l’espace (la scène fait au Théâtre Antique presque 70 mètres de long !). Je veux faire exister finement mon personnage. »

Jouer et chanter, parfois on se demande comment vous faîtes. Es-tu gêné par des positions ? et comment surmontes-tu ces difficultés ?

« L’essentiel, c’est l’émission. Dans n’importe quelle position ! J’aime beaucoup travailler allongé. C’est une émission différente de la voix, qui réfléchit contre le sol. C’est très intéressant à travailler et complètement différent que d’être debout. Mais on y arrive très bien ! Et puis ce rôle de Don Ottavio, je commence à mieux le maîtriser. Et c’est là que l’on s’amuse, on ose plus; la maturité des rôles nous apporte des nuances que l’on peut se permettre de donner aux airs que l’on chante. »

Mais au fait on boit quoi avant une répétition ?

Je suis au Basilico spritz, mais lui refuse tout alcool avant de chanter. Concentration absolue ! La bière, ça sera pour après. Avant c’est un Pulco citron/Perrier.

Et, « Stanis » qu’est-ce qui te plaît le plus dans ton métier ? (à part chanter)

« Evidemment, le chant, c’est viscéral, c’est ma passion et ma raison d’être ! Mais, au risque de paraitre niais, ou pseudo philosophique, ce qui m’amuse le plus dans mon métier, c’est de ne pas connaître mon avenir. Avec la voix, tout peut évoluer en deux secondes. Et c’est ça qui m’intéresse. Parfois c’est stressant, on ne sait pas trop où ça va nous mener mais c’est ça aussi l’intriguant de ce métier. »

Et de fait, y-a-t-il des rôles dont tu rêves et que tu aimerais aborder dans ta carrière à moyen-long terme ?

« A moyen-court terme, Don José dans Carmen de Bizet ou encore Werther de Massenet sont des rôles pour lesquels je me sens prêt et que j’aimerai pouvoir aborder. Mes compositeurs préférés étant les russes, j’ai une passion pour le rôle d’Eugène Onéguine (Tchaïkovsky) que je veux absolument chanter. Et dans des perspectives de long terme, Lohengrin (Wagner) est un rôle vers lequel j’aimerai faire tendre ma voix, pour pouvoir l’aborder un jour, mais à 35 ans j’ai encore un peu de temps ! »

Au dessert, c’est un sorbet pour Stanislas… par ces 40°C

Pour se rafraichir avant la répétition ce sera un sorbet pour Stanislas ! Avant de nous quitter, j’ai deux petites questions à lui poser.

Quels projets pour la suite ? Ceux qui t’impatientent ?

« Je chante dans la nouvelle production des Indes Galantes à l’Opéra de Paris dans la mise en scène de Clément Cogitore. Perspective excitante aussi, c’est ma prise de rôle dans le Freischütz de Weber au Théâtre des Champs-Elysées ! Je reprends mon rôle de Don Ottavio dans la mise en scène de Juin dernier au Palais Garnier d’Ivo van Hove. Et je retourne à Munich avec Alceste de Gluck ! »

De très beaux projets en somme ! J’espère pour toi que ce seront autant de belles réussites pour ta carrière. Avant de rejoindre les répétitions Stanislas, quels conseils donnerais-tu à un(e) jeune artiste lyrique ?

« Si je fais un petit retour d’expérience, quand j’ai commencé, j’avais faim; faim de découvrir les rôles, les métiers, la voix, faim de travail… Donc il faut absolument multiplier les expériences sur scène en faisant de la figuration, en chantant dans un chœur, et surtout ne pas fantasmer.
On peut rêver. J’avais et j’ai beaucoup de rêves mais il ne faut pas fantasmer. Sinon on force et on casse. Il faut suivre sa voix et la travailler toujours, en oubliant jamais que chanteur lyrique, c’est avant-tout un métier. Et il faut y aller, que l’on ait ou pas envie de chanter un soir, on y va et on bosse ! C’est une passion oui, et un métier surtout : il faut aller sur scène. »

Fin du diner, retour à la réalité…

Et voilà, si le temps était suspendu pendant quelques instants, il faut retourner bosser. Stanislas retournera dans les coulisses et sur scène pour travailler son superbe Don Ottavio que l’on aura la joie d’entendre les 2 et 6 août aux Chorégies d’Orange.

Il reste des billets pour les curieux, envieux et autres qui n’auraient pas eu la chance, l’idée ou l’occasion d’aller passer une soirée magique au Théâtre Antique.

Voici le lien : CHORÉGIES DON GIOVANNI