Un « Jeune » Requiem Allemand de Johannes Brahms à la Seine Musicale

© Insula Orchestra

Placé sous le signe de la jeunesse, cette œuvre de douleur, composée par un Brahms en plein questionnement nous était offerte par trois formations de jeunes artistes…

C’est en effet le Jeune Orchestre de l’Abbaye accompagné par le Jeune chœur de Paris ainsi que par la Maîtrise de Notre-Dame qui nous donnait d’entendre ce chef d’œuvre allemand. Invités par Insula Orchestra pour donner ce chef d’œuvre, la soirée s’annonçait grandiose, ou du moins intéressante. De plus, ce Requiem résonne en moi plus particulièrement en ce moment, et c’est avec une joie profonde que je me rendais lundi dernier à l’auditorium pour découvrir tous ces artistes de demain jouer pour leur première fois l’une des partitions les plus célèbres de la musique romantique. Et le défi a plutôt été vaillamment relevé.

Raphaël Pichon : maître de l’orchestre… et du chœur !

Ce requiem composé en sept mouvements dont le livret est issu directement d’extraits de la Bible luthérienne; à l’inverse des autres Requiem qui reprenaient souvent une liturgie de messe latine classique; est un réel casse-tête pour les artistes. En deux temps distincts (I, II, III tristes, IV, V, VI, VII dans l’espérance), il se fonde essentiellement sur une douce colère de son compositeur qui y livre ses états d’âme, sa profonde tristesse mais aussi sa foi en l’avenir. Remplie d’espérance, c’est de ce côté que Raphaël Pichon semble être aller chercher sa lecture de l’œuvre. Précise, ne s’éloignant pas de la partition, sa direction, parfois un peu trop rapides à mon goût, (notamment au I, II et au VII où certains silences auraient il me semble apporté plus de spiritualité encore à cette œuvre quasi mystique), est impressionnante. Maitrisant chaque pupitre, il n’hésite pas à faire confiance à son orchestre pour se concentrer exclusivement sur les chœurs. Sachant que c’était, malgré son répertoire étourdissant, tant il est rempli, la première fois qu’il dirigeait ce Requiem.

JoyeuX JOA !

Mais le parti pris était celui de la « joa », et c’est très intéressant à entendre également. JOA, Jeune Orchestre de l’Abbaye, qui comme son nom l’indique est composé de jeunes artistes de 20 à 30 ans pour la plupart. Dynamique, pas toujours parfaits, (ce qu’on excuse bien sûr), ils ont su; pour une première fois; impressionner par la puissance des cors, et la justesse de la grosse caisse, si importante dans cette œuvre. Les cordes vaillantes ne dégageaient pas encore toute la puissance fragile de la partition. Je suis sûr qu’avec le temps et l’expérience (qui suis-je pour juger… 😂), ces imperfections se corrigeront d’elles-mêmes.

❤️ Chœurs

La maîtrise de Notre-Dame ainsi que le Jeune chœur de Paris réalisent un vrai tour de force. Pour ceux qui ne connaissent pas ce Requiem, il n’y a; sur 1h20 de musique, que peu de mesures où le chœur n’est pas convié. Et la réussite n’était pas que physique, mais bien dans l’interprétation. Raphaël Pichon avait beaucoup insisté lors des répétitions sur la prononciation de l’allemand, et je crois honnêtement qu’il a été entendu. Par ailleurs, leur prestation nuancée, à la fois heureuse, mais aussi grave et sombre, a rempli le contrat avec brio. Non sans quelques erreurs, ou défauts de rythmes. Mais le travail accompli apparait clairement comme la victoire de cette soirée; effaçant par là-même, quelques imperfections.

Deux superbes solistes pour embellir la soirée…

Si leur intervention est limitée (deux apparitions pour le baryton, une seule pour la soprano), elle n’en demeure pas moins primordiale. Et c’est avec bonheur que je découvrais la voix suave, aux aigus cristallins de la soprano Jeanine de Bique. Impressionnante, elle s’impose dans la salle avec une légèreté et une humilité déconcertante quand elle prononce cette célèbre phrase du cinquième mouvement.

« Vous aussi, vous êtes triste maintenant; mais je vous reverrai, et votre cœur se réjouira et nul ne vous ravira votre joie. »

JEAN 16-22

Le baryton Edwin Fardini, révélation classique de l’ADAMI 2019, impressionne quand à lui par la profondeur de son interprétation. Sa voix posée et élégante lui permet de composer avec l’orchestre. Il rivalise avec les plus grandes références de cette œuvre légendaire. Je ne l’avais encore jamais vu mais c’est désormais pour moi un jeune talent à suivre également avec beaucoup d’intérêts.

Je veux finalement remercier chaleureusement ces trois formations, ces deux chanteurs, ainsi que Raphaël Pichon pour cette soirée qui; pour de nombreuses raisons, personnelles ou musicales; restera gravée dans ma mémoire.

À Arnaud.