Une avant-première à l’Opéra de Paris…

Affiche des soirées avant-premières à l'Opéra de Paris réservées aux moins de 28 ans

Soirées réservées aux jeunes de -28 ans, les avant-premières affichent toujours complet. Retour sur la recette de ce succès.

18H45, dans le métro, il fait très chaud ce mardi 2 avril dans les wagons de la ligne 1 du métro parisien. Je cherche à deviner qui sera dans la salle à l’approche de la station Bastille. Je n’y parviens pas vraiment, mais j’ai surtout hâte de découvrir cette « ambiance » dont j’ai si souvent entendu parler.

19H : arrivée à Bastille

Accueilli par l’attaché de presse, je récupère ma place et me plonge dans cette atmosphère si particulière de l’Opéra Bastille un soir de spectacle. Une sorte d’émulation joyeuse ressort de ce bâtiment pourtant peu chaleureux et ça fait du bien. Mais hier soir, c’était un peu plus particulier encore ; à la place des cheveux blancs, il y des pairs de baskets à tire-larigot, des jeans troués, quelques personnes trop habillées. On reconnait ici les habitués des néophytes… A l’Opéra, sauf pour grande occasion, on ne s’habille plus.

« Mzensk ? je ne sais même pas comment ça se prononce »

Je croise une classe de troisième, des italiens, quelques russes (normal me direz-vous, ce soir c’est Chostakovitch), des étudiants, de jeunes actifs qui sortent des bureaux. Tous affichent un grand sourire, une certaine excitation, comme s’ils allaient voir un gros Blockbuster… Amusant, car quand on a déjà entendu Lady Macbeth de Mzensk, sorte d’OVNI de son compositeur, on sait que ce n’est pas une œuvre dite « facilement abordable ». La plupart des gens que j’interroge me diront la même chose : « je connais pas du tout », « Lady Macbeth oui ! A Mzensk ? je sais même pas comment ça se prononce… » et c’est super sympa. Ici on vient pour le spectacle, pour le rêve éveillé que nous offrent ces salles trop souvent oubliées lorsqu’il s’agit de choisir où sortir…

Lady Macbeth de Mzensk à l'Opéra National de Paris. Une salle d'abattoir industriel avec es cochons pendus sur les côtés.
Lady Macbeth de Mzensk © Bernd Uhlig

19H30 : lever du rideau

Les quelques retardataires arrivent en courant, sans que personne ne bronche, et le spectacle commence. Si je ne décrirai pas ici le spectacle, j’ai décelé dans la salle une toute autre atmosphère que d’habitude et c’est de cela dont j’aimerai parler.

Le public se sent protégé du snobisme des habitués

Tout d’abord, un jeune, ça tousse moins. Comme c’est agréable de ne pas avoir à intermittence quasi régulière, les raclements de gorges et autres bruits d’éternuements intempestifs auxquels on a le droit usuellement… L’appréciation de l’œuvre en est de fait, bien plus agréable. Ensuite, le public fait preuve, d’une grande bienveillance, et d’une certaine indulgence, tout au long de la représentation, mais surtout, il n’hésite pas à rire aux éclats, applaudir quand bon lui semble, s’exprimer en fin de compte. C’est peut-être là le premier intérêt de ces soirées Jeunes. Décontracté par l’omniprésence de sa génération, le public se sent plus à l’aise, protégé d’un certain snobisme des habitués. Ici pas de règles, si ce n’est celle du respect de ses voisins.

21H10 : entracte

A l’entracte, les jeunes adultes dégustent leur coupe de champagne, les élèves de Troisième ayant prévu d’éviter le bar de l’opéra, un peu trop cher pour leurs porte-monnaies, sortent de leurs sacs des sandwichs et rigolent entre eux, discutent de ce qu’ils viennent de voir. Léo, 15 ans me raconte qu’il ne s’attendait pas du tout à voir une mise en scène comme cela. S’il trouve la musique un peu trop décousue, il est impressionné par la puissance des voix et la force des instruments. Antoine, 23 ans est lui habitué de l’Opéra de Paris. Il s’est rendu plusieurs fois aux soirées jeunes. Il me confie qu’il aime bien l’ambiance ici, et surtout son portefeuille apprécie le prix. On est ici comme au cinéma.

C’est là le second intérêt de ces avant-premières. Offrir un spectacle total au prix unique de 10€… C’est pratique pour défendre l’opéra et l’art lyrique en général. Quand on me dit que c’est un art élitiste, réservé aux plus fortunés, j’aurai une nouvelle arme à dégainer.

23H : fin du spectacle

Applaudissements à n’en plus finir, « bravos » lancés par un public en forme, la liesse est palpable. Stéphane Lissner, le directeur de l’institution depuis 2016 à bien raison de sourire car c’est une réelle réussite, et un beau challenge que lui et son équipe relèvent avec brio. Depuis 2016, près de 25 000 jeunes ont pu assister pour 10€ à des super-productions lyriques et c’est un très beau chiffre. J’espère que l’aventure des avant-premières continuera à séduire les plus curieux, les néophytes, les étudiants et les jeunes actifs. Mais j’espère surtout que l’essai se transforme. J’entends par là que ce public chanceux (avoir une place pour ces spectacles relève de l’exploit tant elles s’écoulent rapidement) d’être ici, revienne à l’Opéra de Paris et dans les autres institutions parisiennes. Challenge donc : fidéliser ce nouveau public. Mais avoir marqué l’essai, c’est déjà énorme ! Bravo aux équipes com’ et à la direction d’avoir inscrit dans leurs cahiers des charges, notre génération.

Prochaine avant-première jeune :

Don Giovanni de Mozart le 8 juin au Palais Garnier
Ouverture des réservations le 9 mai à 11h30

En attendant, allez réserver vos abonnements pour l’Opéra de Paris ici : https://www.operadeparis.fr/billetterie/abonnements

Si vous ne savez pas quoi réserver, allez lire cet article pour vous aider :
https://www.operatime.fr/6-spectacles-pour-decouvrir-lopera-national-de-paris/

 

Intérieur du Palais garnier avec vue sur la scène. Un désert semble déborder sur les fauteuils de la salle. Slogan : la scène et au-delà. Saison 2019-2029 de l'Opéra de Paris