Une pièce rare à la Seine Musicale : La Messa di gloria de Rossini

Vendredi dernier, l’insula Orchestra et le chœur Accentus, tous deux fondés par la cheffe Laurence Equilbey invitaient une autre cheffe, Speranza Scappucci, pour diriger cette pièce rarement jouée.

La cheffe romaine que je découvrais pour l’occasion a choisi d’interpréter cette pièce de son compatriote italien Gioachino Rossini qui était jusqu’en 1970 considérée comme perdue. L’Insula Orchestra et ses instruments d’époque était accompagné par l’incroyable Ensemble Accentus ainsi que de Jessica Pratt (soprano), Ève-Maud Hubeaux (mezzo), Lévy Sekgabane (ténor), Jack Swanson (ténor) et Mirco Palazzi (basse issue d’Accentus).

Cette œuvre sacrée jouée très rarement comme le précisait Laurence Equilbey a réellement pris toute sa place dans cette magnifique salle; en grande partie grâce à la sonorité si particulière de l’orchestre. J’ai été très heureux de découvrir cette pièce dont on reconnait la patte de son compositeur. Très vivante, elle n’en demeure pas moins spirituelle. Mon voisin et ami que j’avais invité pour l’occasion m’a même dit entre deux parties : « Je voudrais ça pour mon enterrement ! ». J’ai été surpris par sa phrase étant donné que j’ai trouvé plutôt joyeuse la partition d’un Rossini en forme…

Et d’ailleurs, commençons par l’orchestre et les chœurs !

Speranza Scappucci étonne par la fermeté de sa direction, mais son travail est précis, et le résultat est assez spectaculaire. La musique de Rossini nous parvient aux oreilles avec toutes les couleurs que l’on est en droit d’entendre; particulièrement dans les ensembles chœur/orchestre seuls (Kyrie, Gloria, Cum Sancto Spiriti). Toutefois, on peut lui reprocher à certains moments de couvrir un peu trop les voix… Sans doute emportée par l’exaltation de cette œuvre emplie de grâces et de joies. Les chœurs impressionnent par la précision de la diction, sans jamais devenir chirurgical dans le rendu final; comme toujours avec Accentus. Envoutant parfois, toujours juste, c’est sans doutes eux qui marquèrent le plus cette belle soirée.

Côté voix, on n’est pas en reste non plus…

Jessica Pratt, soprano internationale avec près de 27 Lucia di Lammermoor à son actif a prouvé une nouvelle fois vendredi soir ses talents indéniables. Voix parfaitement placée, nuances et ornements maitrisés, elle séduit tout le public de l’auditorium… C’est Ève-Maud Hubeaux, mezzo, que je découvrais vendredi qui m’a le plus marquée. Un timbre profond, une ligne de chant magistrale et une rondeur dans les graves envoûtante, cette révélation classique de l’ADAMI 2012 ira vraiment très loin ! Et d’ailleurs ses différentes prises de rôles dans les 4 coins du monde le prouvent déjà. Si Lévy Sekgapane n’a pas le timbre de ténor que je préfère, sa voix possède les parfaits atouts pour interpréter le Qui tollis très technique; en symbiose avec le chœur. Jack Swanson par sa voix plus barytonante propose un superbe Gratias Agimus Tibi. Toutefois, il n’en néglige pas la nécessaire spiritualité qu’il convoque. Enfin, Mirco Palazzi montre en début de soirée un timbre légèrement voilé. Il délivre néanmoins un Quoniam Tu Solus Sanctus brillant et juste pour conclure la soirée.

Être accueilli par les équipes d’Insula Orchestra et par Laurence Equilbey est toujours un plaisir, surtout dans un si bel endroit ! Bientôt je pourrais d’ailleurs vous annoncer de superbes projets pour 2020, en partenariat avec eux…

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